« Elle, dans la chambre, elle dort. Elle dort. Vous [le vous implacable qui soit constate, soit maintient l'homme auquel il est adressé dans une obligation précédant toute loi] ne la réveillez pas. Le malheur grandit dans la chambre en même temps que s'étend son sommeil ... Elle se tient toujours dans un sommeil égal ... » —————— Maurice Blanchot, La Communauté inavouable
jeudi 14 février 2019
mercredi 13 février 2019
Séance
ce n'est pas seulement le bruit métallique d'une résistance qui heurte une résonance sur la porte il y a des broderies de paroles au fil de fer qui chahutent quand on tend l'oreille quelque chose fait écho par ce soulèvement d'arabesques l'image tourne et retourne comme un sautoir de perles sanguines qui dans sa tourmente souligne un fer de lance l'onde acoustique entre dans son origine traverse le coeur épais on entend des nuits entières de silence mais ce qui est or rouge chuchote dans ses sillons on répète des nuits entières de silence et de sursis dans une poignée en lambeaux encore elle s'assourdit de tout ce vacarme sentimental
samedi 9 février 2019
Man
Als Frau weiß man, wie man heute aussieht.
Une femme sait tous les jours à quoi elle ressemble.
Herta Müller, Heute wär ich mir lieber nicht begegnet / La convocation
Une femme sait tous les jours à quoi elle ressemble.
Herta Müller, Heute wär ich mir lieber nicht begegnet / La convocation
vendredi 8 février 2019
Incomplétude
un air de balade insufflé par une conjuration mais ni envoûtement ni allure d'influence un air en marge de soi clairement la poésie se frayait un nouveau lieu c'était un matin encore ardoise le chant habité de l'oiseau revenait à la même place qu'il s'était fait sur le ramage conditionnel de l'arbre
― une évidence ? ― non !
quelque chose se transportait par la lecture aérée de l'incomplétude un quartier de lune maudit avait ri au nez des astres le temps d'une absence un souffle conscient se découvrait c'était un fait indicible à une heure crayeuse contre toute attente sur le tableau noir de l'expérience
― une évidence ? ― non !
quelque chose se transportait par la lecture aérée de l'incomplétude un quartier de lune maudit avait ri au nez des astres le temps d'une absence un souffle conscient se découvrait c'était un fait indicible à une heure crayeuse contre toute attente sur le tableau noir de l'expérience
dimanche 3 février 2019
Vases
Though her lips are vague as fancy
In her youth ―
They bloom vivid and repulsive
As the truth
Even vases in the making
Are uncouth.
Si ses lèvres ont le vague d'un songe
De jeunesse ―
Elles fleurissent vives et répulsives
Comme le vrai.
Les vases aussi quand on les fait
Sont grossiers.
Djuna Barnes, Seen From the " L" / Vue depuis l' "L"
In her youth ―
They bloom vivid and repulsive
As the truth
Even vases in the making
Are uncouth.
Si ses lèvres ont le vague d'un songe
De jeunesse ―
Elles fleurissent vives et répulsives
Comme le vrai.
Les vases aussi quand on les fait
Sont grossiers.
Djuna Barnes, Seen From the " L" / Vue depuis l' "L"
samedi 2 février 2019
vendredi 1 février 2019
Le point ému de la figure
tu quitteras mon paysage tu ne lui emprunteras plus ni l'air ni l'odeur pas le moindre petit passage de jeu dans le nectar d'une terre dans le délire de l'horizon les heures froides ruissellent tu te couvriras du sang-mot sur une route plus accidentée que mon usine à lettres la vitesse du corps dévorera la veine de ton costume d'homme tu disparaîtras de ton cortège mirage et sous ton lampadaire malade il ne restera que des vers blancs réprimés comme toutes les infimes lucioles de la folie l'énergie de la nuit délirée aussi tes hauts silences seront entrelacés à l'écriture indélébile de mes gestes tu liras la présence de ton absence la falaise de tes mensonges tu t'essaieras une charade humaine les souvenirs en rafales sans le savoir tu légitimeras mon entêtement son vrai visage et son verbe nu tout l'intérieur de mon sommeil s'éloignera de toi et je me réveillerai la fièvre nouvelle, gardée de délicatesse et d'une joie excessive
vendredi 25 janvier 2019
Petit
J'ai les bras douloureux et alanguis
par un désir inepte d'étreindre
quelque chose de vivant, que je sens
plus petit que moi
Antonia Pozzi, Solitude
par un désir inepte d'étreindre
quelque chose de vivant, que je sens
plus petit que moi
Antonia Pozzi, Solitude
mercredi 23 janvier 2019
Armée
peut-être parce que je suis née pour rester en moi au lieu de vivre le passé sert de branche sur laquelle j'observe le présent dès l'aube j'oppose les sens perdre et garder la vue d'une histoire à la hauteur je me fonds à l'écorce de mon semblable — comme ça — je cache les paupières cristallisées par le rêve d'enfant des yeux couleur armée
dimanche 20 janvier 2019
Chair
Elena, assise au milieu de ses horoscopes, avec des étoiles noires au-dessus de sa tête, des étoiles qui se frayent un chemin dans sa chair, sa chair dorée par le soleil [...] Elena, qui me dit qu'elle va me peindre en Daphné se métamorphosant en plante. Elena qui reprend exactement mes mots : « Il y a tant de gens qui disent des choses que je n'entends pas, et dont je ne me souviens pas.»
Anaïs Nin, Le feu
[20 janvier 1937]
Anaïs Nin, Le feu
[20 janvier 1937]
vendredi 18 janvier 2019
Fragile
il faut partir où aller par la beauté et par les signes comme une longue phrase inapprochable muette la poudre cendrée infime des entrailles sortir du décor tissé de pierres tailler l'ouverture après la série de nouages mais avant écouter le râle des illusions vermeilles imprenable brûlure lire la citation et la main du regard ce que nous ne pouvons écrire elle devenue sans l'autre — revenante ou telle — quelques feuilles patientes dans une cavité et son récit fragile
mercredi 16 janvier 2019
Nord
mein Kleid erregt Spott und Gelach
mich bedecken Nordlicht und Stern
ma robe suscite une railleuse allégresse
seules me couvrent la lumière du Nord et son étoile
Helga M. Novak, von sehr großer Not / d'une très grande détresse
mich bedecken Nordlicht und Stern
ma robe suscite une railleuse allégresse
seules me couvrent la lumière du Nord et son étoile
Helga M. Novak, von sehr großer Not / d'une très grande détresse
mardi 15 janvier 2019
dimanche 13 janvier 2019
Corps
j'aime le matin c'est une image récurrente qui le rend visible c'est aussi le corps encore allongé quand la nuit reste encore un peu la rondeur de la pénombre lovée au nouveau jour un pan de liberté gonflé de mélancolie les bras levés les mains en tête de cygne une absence arpentée près du cou la contradiction de l'imagination là où il y a l'oubli du jeu la réalité consistante à l'esprit le mince symbole manifeste chacun de nous dans la mesure d'ombre et de lumière et l'immensurable bruissant à l'épreuve quand chasser l'onde livide par les palmes exprimées la nuit le corps le matin toujours à sa place a son habitude
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