« But how describe the world seen without a self ? There are no words.
Blue, red — even they distract, even they hide with thickness instead of letting the light through. How describe or say anything in articulate words again ? — save that it fades, save that it undegoes a gradual transformation, becomes, vene in the course of one moves and one leaf repeats another. Loveliness returns as one looks, with all its train of phantom phrases. One breathes in and out substantial breath : down in the valley the train draws across the fields lop-eared with smoke.
« Mais comment décrire un monde sans avoir un moi ? Il n'y a pas de mots. Bleu, rouge — même eux détournent, même eux cachent par leur épaisseur au lieu de laisser passer la lumière. Comment décrire ou dire de nouveau quoi que ce soit avec des mots articulés ? — sauf que ça s'estompe, sauf que ça se transforme progressivement, et devient, même au cours d'une brève promenade, habituel — cette scène aussi. La cécité revient à mesure qu'on se déplace et qu'une feuille en répète une autre. La beauté revient tandis qu'on regarde, avec son cortège de phrases fantômes. La respiration retrouve son souffle substantiel ; en bas dans la vallée le train traverse les champs avec ses panaches de fumée retombant en oreilles de lapin.
Virginia Woolf, The Waves / Les Vagues
« Elle, dans la chambre, elle dort. Elle dort. Vous [le vous implacable qui soit constate, soit maintient l'homme auquel il est adressé dans une obligation précédant toute loi] ne la réveillez pas. Le malheur grandit dans la chambre en même temps que s'étend son sommeil ... Elle se tient toujours dans un sommeil égal ... » —————— Maurice Blanchot, La Communauté inavouable
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vendredi 12 avril 2019
mercredi 3 avril 2019
Coins
Everything goes. I am working very hard at not thinking about how everything goes. I watch a hummingbird, throw the I Ching but never read the coins, keep my mind in the now.
Tout fout le camp. Je me donne beaucoup de mal pour ne pas penser à quel point tout fout le camp. Je regarde un oiseau-mouche, je lance une pièce en l'air mais sans regarder si elle retombe du côté pile ou du côté face, je me concentre sur maintenant.
Joan Didion, Play It As It Lays / maria avec et sans rien
Tout fout le camp. Je me donne beaucoup de mal pour ne pas penser à quel point tout fout le camp. Je regarde un oiseau-mouche, je lance une pièce en l'air mais sans regarder si elle retombe du côté pile ou du côté face, je me concentre sur maintenant.
Joan Didion, Play It As It Lays / maria avec et sans rien
dimanche 24 mars 2019
Injustice
D'ailleurs tu n'auras plus beaucoup de joie. Ainsi vont les choses : non seulement ceux qui doivent supporter l'injustice mais également ceux qui commettent des injustices ne peuvent prendre plaisir à la vie. D'ailleurs je me demande si le désir de détruire d'autres vies ne provient pas de l'absence de désir et de joie éprouvée dans sa propre vie.
Christa Wolf, Médée voix
Christa Wolf, Médée voix
vendredi 8 mars 2019
Tulipe
Il rêva. Il dormit. Il ne rêvait pas du tout. Il était plutôt envahi par un lointain sentiment d'amour. Un tablier d'yeux qui tremblaient et clignotaient comme autant d'ampoules. Et puis rien. Rien dans le jardin qui s'étendait jusqu'à la mer. Sinon une fleur sortie d'une de ces ampoules. Une tulipe singulière. Longue, solitaire et noire comme une tache sur le soleil.
Patti Smith, La Mer de Corail
samedi 2 mars 2019
Ennuyeux
LUI, presque involontairement.
— Vous n'avez pas changé.
ELLE.— J'ai vieilli, je le sais bien...
LUI.— Je ne parlais pas de...
LUI.— De visage, oui, vous avez changé un peu.
ELLE.— Comment ?
LUI.— Le regard surtout, je crois...
vous aviez un regard très... doux et puis dès que...
dès qu'on vous voyait on savait à l'avance
à peu près... ce que vous alliez dire.
ELLE, raide. — Ça devait être ennuyeux...
savoir à l'avance comme ça...
LUI.— À la fin.
Dans les derniers mois.
Oui, c'était très très ennuyeux.
Marguerite Duras, La Musica
[Théâtre 1965]
— Vous n'avez pas changé.
ELLE.— J'ai vieilli, je le sais bien...
LUI.— Je ne parlais pas de...
LUI.— De visage, oui, vous avez changé un peu.
ELLE.— Comment ?
LUI.— Le regard surtout, je crois...
vous aviez un regard très... doux et puis dès que...
dès qu'on vous voyait on savait à l'avance
à peu près... ce que vous alliez dire.
ELLE, raide. — Ça devait être ennuyeux...
savoir à l'avance comme ça...
LUI.— À la fin.
Dans les derniers mois.
Oui, c'était très très ennuyeux.
Marguerite Duras, La Musica
[Théâtre 1965]
dimanche 17 février 2019
Gentiment
Notre chat aux yeux malicieux,
Assis en forêt sur un tronc,
La pipe au bec et canne en main.
Deux jours. Trois nuits.
Invitait les enfants à lire.
Celui qui ne savait pas lire,
Il le tirait par les cheveux.
Mais celui qui pouvait comprendre,
Il le caressait gentiment.
Plus un seul jour. Plus une seule nuit.
Sofi Oksanen, Purge
Assis en forêt sur un tronc,
La pipe au bec et canne en main.
Deux jours. Trois nuits.
Invitait les enfants à lire.
Celui qui ne savait pas lire,
Il le tirait par les cheveux.
Mais celui qui pouvait comprendre,
Il le caressait gentiment.
Plus un seul jour. Plus une seule nuit.
Sofi Oksanen, Purge
samedi 9 février 2019
Man
Als Frau weiß man, wie man heute aussieht.
Une femme sait tous les jours à quoi elle ressemble.
Herta Müller, Heute wär ich mir lieber nicht begegnet / La convocation
Une femme sait tous les jours à quoi elle ressemble.
Herta Müller, Heute wär ich mir lieber nicht begegnet / La convocation
dimanche 3 février 2019
Vases
Though her lips are vague as fancy
In her youth ―
They bloom vivid and repulsive
As the truth
Even vases in the making
Are uncouth.
Si ses lèvres ont le vague d'un songe
De jeunesse ―
Elles fleurissent vives et répulsives
Comme le vrai.
Les vases aussi quand on les fait
Sont grossiers.
Djuna Barnes, Seen From the " L" / Vue depuis l' "L"
In her youth ―
They bloom vivid and repulsive
As the truth
Even vases in the making
Are uncouth.
Si ses lèvres ont le vague d'un songe
De jeunesse ―
Elles fleurissent vives et répulsives
Comme le vrai.
Les vases aussi quand on les fait
Sont grossiers.
Djuna Barnes, Seen From the " L" / Vue depuis l' "L"
vendredi 25 janvier 2019
Petit
J'ai les bras douloureux et alanguis
par un désir inepte d'étreindre
quelque chose de vivant, que je sens
plus petit que moi
Antonia Pozzi, Solitude
par un désir inepte d'étreindre
quelque chose de vivant, que je sens
plus petit que moi
Antonia Pozzi, Solitude
dimanche 20 janvier 2019
Chair
Elena, assise au milieu de ses horoscopes, avec des étoiles noires au-dessus de sa tête, des étoiles qui se frayent un chemin dans sa chair, sa chair dorée par le soleil [...] Elena, qui me dit qu'elle va me peindre en Daphné se métamorphosant en plante. Elena qui reprend exactement mes mots : « Il y a tant de gens qui disent des choses que je n'entends pas, et dont je ne me souviens pas.»
Anaïs Nin, Le feu
[20 janvier 1937]
Anaïs Nin, Le feu
[20 janvier 1937]
mercredi 16 janvier 2019
Nord
mein Kleid erregt Spott und Gelach
mich bedecken Nordlicht und Stern
ma robe suscite une railleuse allégresse
seules me couvrent la lumière du Nord et son étoile
Helga M. Novak, von sehr großer Not / d'une très grande détresse
mich bedecken Nordlicht und Stern
ma robe suscite une railleuse allégresse
seules me couvrent la lumière du Nord et son étoile
Helga M. Novak, von sehr großer Not / d'une très grande détresse
mercredi 9 janvier 2019
L'oeil
[...] elle voit encore la porte à deux battants, mais ce qu'elle ne voit pas, c'est que les battants ne veulent pas jouer avec elle, qu'un battant de la porte s'élance sur elle, et à la fin elle pense, tandis qu'elle est projetée sous une grêle de verre brisé et que grandit la sensation de chaleur provoquée par le choc et le sang qui jaillit de sa bouche et de son nez : Ayez à l'oeil ce qui vous tient à coeur.
Ingeborg Bachmann, Trois sentiers vers le lac
[Les yeux du bonheur - Georg Groddeck in memoriam]
Ingeborg Bachmann, Trois sentiers vers le lac
[Les yeux du bonheur - Georg Groddeck in memoriam]
mercredi 2 janvier 2019
Chaque
À chaque ligne : « Halte ! »
À chaque point ― trésor !
Oeil ― lueur ! En toi, ma place :
Je m'installe, me dissous
En tristesse ... en guitare :
Je m'accorde,
Je m'ajuste.
Marina Tsvetaeva, Après la Russie
[22 janvier 1925]
À chaque point ― trésor !
Oeil ― lueur ! En toi, ma place :
Je m'installe, me dissous
En tristesse ... en guitare :
Je m'accorde,
Je m'ajuste.
Marina Tsvetaeva, Après la Russie
[22 janvier 1925]
mardi 25 décembre 2018
Comme
Les faits convergent comme des signes, et les désordres du multiple se rangent comme les chapitres d'une histoire. L'imprévisible est prophétique, le conséquent est destiné. Des bouts de chemin insensés décrivent des cartes oraculaires. Les gouttes d'eau dans la mer se reconnaissent comme des soeurs. Plus elles se désassemblent et plus leur multitude les fond dans l'indistincte matière de l'océan.
L'intimité multiplie les miroirs, la solitude nous noie.
Emmanuelle Rousset, L'idéal chaviré
L'intimité multiplie les miroirs, la solitude nous noie.
Emmanuelle Rousset, L'idéal chaviré
samedi 22 décembre 2018
Nor
Maternal still,
without the caress that holds back flight
nor tenderness that traps,
nor submission and giving in, that little by little, smothers
Claudia Lars, Sketch of the woman of the future
without the caress that holds back flight
nor tenderness that traps,
nor submission and giving in, that little by little, smothers
Claudia Lars, Sketch of the woman of the future
dimanche 16 décembre 2018
— Con - traire
— Con - traire ! dit une voix argentine ; et pour la troisième fois.
Souvenez-vous-en, ou je vous tire les cheveux.
— Con - traire, reprit l'autre voix avec application.
Et maintenant, embrassez-moi pour récompenser mes efforts.
— Non, relisez d'abord tout cela correctement, sans une faute.
Emily Brontë, Wuthering Heights
Souvenez-vous-en, ou je vous tire les cheveux.
— Con - traire, reprit l'autre voix avec application.
Et maintenant, embrassez-moi pour récompenser mes efforts.
— Non, relisez d'abord tout cela correctement, sans une faute.
Emily Brontë, Wuthering Heights
mercredi 12 décembre 2018
Plus
Je sentais remonter les aspects les plus impatients,
les plus belliqueux de ma personnalité.
Patti Smith, Glaneurs de rêves / Woolgathering
les plus belliqueux de ma personnalité.
Patti Smith, Glaneurs de rêves / Woolgathering
mercredi 5 décembre 2018
Bataille
Elle sait qu'elle accepte de ressentir avec violence la détresse pour sentir l'exaltation qui lui succède. L'une ne peut être séparée de l'autre. Le poète d'un pays célèbre pour ses cèdres l'a écrit avant elle.
C'est ce qu'elle comprend d'elle : le texte naît de la bataille contre l'enlisement dans le désespoir ; le livre s'origine dans le noir, se compose la nuit, dans son lit et dans le silence, avec l'espoir de faire une différence.
Mary Dorsan, Une passion pour le Y
C'est ce qu'elle comprend d'elle : le texte naît de la bataille contre l'enlisement dans le désespoir ; le livre s'origine dans le noir, se compose la nuit, dans son lit et dans le silence, avec l'espoir de faire une différence.
Mary Dorsan, Une passion pour le Y
mardi 27 novembre 2018
Rouge et blanc
J'ai ouvert le transistor, où passait le Beau Danube Bleu. Ce qui me ravie. Je me suis habillée, je suis descendue, j'ai acheté des fleurs, en mémoire de l'homme mort hier. Des oeillets, rouges et blancs. Comme je m'épuise à le répéter, un jour on meurt. Et l'on meurt en rouge et blanc.
Clarice Lispector, Passion des corps [Jour après jour]
Clarice Lispector, Passion des corps [Jour après jour]
mercredi 21 novembre 2018
Encore
Insensiblement la chambre s'éclaire d'une lumière, encore sombre.
Marguerite Duras, La Maladie de la mort
Marguerite Duras, La Maladie de la mort
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